PORTRAIT   : Alain De CHIVRE

 

 

 

 

QUESTIONS - REPONSES

 

Quelles sont vos dates et lieu de Naissance ?

Je suis né à Nantes (rue Camille Flammarion) le 17 novembre 1946 à 23h45

Quelles études avez-vous suivies ?

J'ai commencé par faire des études de Sciences Economiques pour constater 10-12 ans plus tard que cette voie n'était pas la mienne. C'est un acupuncteur qui m'a fait découvrir l'astrologie. Je devais avoir 33 ans environ. En m'initiant à l'astrologie j'ai repris des études de psychologie à l'Université et j'ai suivi une formation à la Chambre Syndicale des Psychothérapeutes pour exercer pendant quelques temps une activité de psychothérapeute spécialisé sur la problématique de l'énurésie. Parallèlement j'ai ouvert un cabinet d'astrologie (fin 1983)

Pourquoi avoir choisi d'être Astrologue ?

C'est un choix paradoxal en effet car j'avais une profonde allergie à cette discipline. J'ai plus ou moins voulu me soigner en faisant l'effort de savoir de quoi il s'agissait et … je suis finalement tomber dans la marmite !

Comment avez-vous appris l'astrologie ? Pourquoi ?

Je vais d'abord répondre à la question du pourquoi. Ce sont souvent les incidents de parcours de la vie personnelle qui obligent à se poser des questions métaphysiques sur le sens de l'existence. Je n'ai pas échappé à la règle et l'astrologie m'a beaucoup aidé. J'ai suivi des stages ici et là, j'ai assisté à des congrès et j'ai effectué un énorme travail personnel avec des biographies que j'ai passées « au peigne fin » de l'astrologie. Ce rapprochement entre le thème astrologique et l'itinéraire d'un individu a été très formateur.

Quel est votre parcours sur le plan astrologique ?

Je me suis d'abord pris les pieds dans le tapis en pensant que l'astrologie permettait d'appréhender le devenir des individus. C'était un leurre car le thème fournit des informations sur le tempérament et la rythmicité individuelle mais rien sur le comportement à proprement parler. J'ai mis un peu de temps à comprendre cette nuance très importante : l'astrologie ne permet pas décrire le comportement d'un individu, elle ne fait qu'évoquer ce qui sous tend ce comportement, ce qui peut être très différent. Je n'avais lu cela nulle part et aucun de mes formateurs n'avait énoncé ce préambule capital : le thème n'est pas une personne.
De nombreux facteurs tissent l'histoire d'un individu et l'astrologie en est un parmi tant d'autres. Après plus de 26 ans de pratique professionnelle je suis convaincu que l'art de l'astrologue réside dans sa capacité à conjuguer les facteurs et pas seulement à interpréter un thème : croiser l'inné et l'acquis. C'est devenu mon leitmotiv

En quoi l'astrologie peut être utile, pour vous et pour les autres ?

Elle nous renvoie constamment à la structure de notre inconscient. Car c'est de cet inconscient dont il s'agit - et non du comportement - dans le thème de naissance, je me répète. L'utilité de l'astrologie est donc permanente tant sur le plan de la quête du sens que sur celui de notre développement. Cela est valable à titre personnel (pour soi-même) autant que dans notre rôle professionnel (relation d'aide pour les autres)

Qu'apporte-t-elle comme éléments de réponses pour un consultant ou une entreprise ?

Peut-être plus d'éléments de questionnements que des réponses « toutes faites ». L'astrologie est une systémique dont les applications sont multiples. Je profite de votre question pour dire que l'astrologie est très peu appliquée en entreprise. Lorsque j'ai ouvert mon cabinet à Nantes, j'ai voulu –compte tenu de ma formation initiale et de ma culture d'entreprise - me constituer une clientèle dans ce domaine. Et j'avais trouvé des gros clients dans la région. Des institutions même ! Et cela marchait bien mais au bout de deux ou trois ans, les syndicats se sont mêlés de mes interventions et ont écrit dans leur journal syndical un article intitulé « les sorciers rentrent dans l'entreprise ». Pas besoin de vous faire de dessin sur les décisions qui ont suivi.

Dans les années 85-86, il y a eu des percées très intéressantes dans le domaine de l'entreprise mais l'histoire des sectes a compromis toutes ces avancées.

A quoi reconnaît-on un bon astrologue ?

A sa capacité à générer du discours chez son client de façon à ce que ce dernier fasse lui même son interprétation. L'astrologue doit être un metteur en scène, un révélateur de talent mais pas un devin.

Cette identité « prévisionnelle » a ruiné l'astrologie.

En tant qu'astrologue, quelle a été votre plus belle expérience ?

Mes plus belles expériences sont celles de mes échecs ou de mes erreurs. Je ne peux les raconter ici, ce serait trop long mais elles portent toujours sur le décalage entre l'idée que l'on se fait du thème et ce que l'individu a fait de ses potentialités. L'être humain est encore plus complexe que l'astrologie.

Ces échecs ont constamment modifié ma pratique. J'en ai tiré deux grandes leçons : la relativité du savoir astrologique et l'obligation d'inscrire cette grille de lecture dans un ensemble multifactoriel. En clair : ne jamais isoler le facteur astrologique et lui faire tout dire.

Tout bien réfléchi, un bon astrologue est celui qui sait travailler de manière systémique (globale).

Utilisez-vous l'astrologie pour vous-même, vos proches ?

Oui mais je ne suis pas sûr d'être le plus compétent dans ce genre de circonstances. Vous savez bien que les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés. En transposant … vous pouvez imaginer.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui veut apprendre l'astrologie et éventuellement en faire son métier ?

Faire beaucoup d'études de cas (confrontations thèmes et biographies).

A quel courant astrologique vous reconnaissez-vous ?

Pour l'esprit, je me situe dans le courant psychanalytique. Mais dans ma pratique quotidienne ou plutôt dans mon enseignement je me rapproche du courant astro-psychologique.

Enseignez-vous l'astrologie ?

C'est mon activité principale depuis plus de 25 ans. Je dirige un Centre de Formation à Nantes et une grande partie de mes activités se fait avec de la formation à distance. J'ai initié plus de 3000 personnes à l'astrologie.

Avez-vous écrit des ouvrages sur l'astrologie et si oui lesquels ?

Comment voulez vous que je trouve le temps. Je travaille 14 heures par jour et je prends très rarement des week-ends et encore moins des vacances. C'est le prix des passions et puis autant l'avouer : pour vivre correctement de l'astrologie, il faut travailler énormément car l'identité de notre discipline est tellement floue que nous sommes obligés faire beaucoup d'informations et de pédagogie auprès du grand public pour faire passer le message.

Exercez-vous une autre discipline que l'astrologie ? Si oui laquelle et pourquoi ?

Officiellement aucune autre discipline mais officieusement le raisonnement holistique oblige à utiliser de nombreux outils : la PNL , la morphopsychologie, le coaching, les techniques de développement personnel, etc …

Que pensez-vous des horoscopes que l'on peut lire dans les magazines divers ou écouter à la radio ?

Cela fait un tort considérable à l'astrologie. Tout comme les exercices prédictifs spéculatifs (du genre « qui sera le prochain président de la République  », etc …) Il faut dénoncer toutes ces dérives à haute voix.

Quel est votre « maître » en astrologie ? Pourquoi ?

En théorie je suis partisan de la formule : ni dieu, ni maître. Cela dit, on a tous des « référents » c'est à dire des gens qui, à un titre ou à un autre, ont participé à notre histoire professionnelle. Je mettrais donc un accessit à mon ami Jean Marie Lepeltier, acupuncteur et astrologue, qui a soigné mon allergie (à l'astrologie). Encore que … je me demande si, aujourd'hui, je ne souffre pas d'une certaine forme d'addictivité.

Si vous faites des consultations, comment cela se déroule ?

Je propose systématiquement trois séances et je n'accepte pas de « faire un thème » car un thème, c'est un « objet » et je suis censé m'occuper d'une personne. C'est donc le protocole classique que j'utilise systématiquement mais lorsque le consultant a besoin d'une aide plus sérieuse ou qu'il souhaite faire un travail de développement, je propose un accompagnement sur 12 séances (modélisées sur les 12 maisons). Pour tout vous avouer, je n'ai quasiment plus le temps de faire des consultations. L'enseignement a tout absorbé. Entre mes cours par correspondance et mes cours oraux, j'ai 200 à 300 élèves par an. Cela représente un énorme travail.

Citez moi 3 astrologues que vous pensez être les plus sérieux ?

Nous avons tous beaucoup appris avec André Barbault. En dépit de ma brouille récente avec lui, je ne le renierai pas. Malgré tout je regretterai longtemps qu'il n'ait pas, surtout en fin de carrière, donné une chance à l'astrologie de rejoindre les sciences humaines. En proclamant « vive la pronostication » il a condamné l'astrologie à rester marginale. La Fédération des Astrologues Francophones continue le combat sans lui. C'est dommage. Mais vous me demandiez de citer 3 astrologues, alors je ne peux m'empêcher de penser à Jean Pierre Nicolas et dans un autre genre à Solange de Mailly Nesle qui, sur un plan culturel, a fait beaucoup pour sortir l'astrologie de son ornière.

Faut-il suivre « à la lettre » les conseils d'un astrologue ? Pourquoi ?

A la lettre surtout pas ! L'astrologue ne doit pas être un gourou.

Que pensez-vous des logiciels d'astrologie ?

Ce sont des outils de travail indispensables, pour les calculs en tous cas.

Pourquoi, d'après vous l'astrologie n'est pas une science reconnue ?

Vous évoquez le statut scientifique, il faut s'en méfier car cela déclenche immédiatement des réactions d'hostilité. A juste raison du reste. Surtout lorsque l'on considère les pronostics ridicules à chaque début d'année. La porte des sciences dures est définitivement fermée. Tant mieux !

Si reconnaissance il devait y avoir, il faudrait parler de Sciences Humaines. Mais pour prétendre s'y rattacher, la corporation devrait faire un effort sur les codifications, la remise à jour des statistiques et surtout le compte rendu des travaux « cliniques » (qu'est ce qui se passe dans une consultation entre un astrologue et son client)

Le sera-t-elle un jour ?

Oui, je le pense. Le travail que fait la Fédération des Astrologues Francophones (FDAF) va dans ce sens mais il y a du pain sur la planche. Et puis tant que les praticiens entretiendront la confusion voyance –astrologie nous serons gênés dans nos initiatives.

Faut-il la réglementer ?

Il me semble qu'un encadrement minimal serait bienvenu mais il faudrait que cet encadrement vienne des astrologues eux mêmes. Du reste c'est ce que m'avait dit le délégué interministériel aux professions libérales lorsque j'avais demandé pour la FDAF une audience au Ministre Raffarin, il y a une dizaine d'années. J'ai été reçu durant 3h Rue St Dominique à Paris. Le message des pouvoirs publics ce jour là a été très clair : « organisez-vous entre vous et revenez-nous voir avec des propositions concrètes ». Depuis ce temps rien n'a vraiment bougé et la communauté astrologique s'est même plutôt divisée.

Je crains toujours que les institutions étatiques s'occupent de nous sans connaître les spécificités de notre métier et en faisant des amalgames. C'est ce qu'il y a à craindre. Nous sommes passés tout près de la catastrophe il y a quelques années avec l'histoire des sectes. Et au moindre pépin de ce genre, les choses pourraient aller très vite. J'ai essayé de sensibiliser la corporation astrologique sur ce point névralgique en plaidant la structuration et l'organisation de notre profession. Je ne suis pas sûr d'avoir été très écouté. Les astrologues tiennent beaucoup à leur liberté et à leur fantaisie.

Que pensez-vous des écoles d'astrologie ?

Il y a très peu d'écoles structurées et dignes de porter le nom d'école.

Faut-il qu'elles soient régies par l'Etat ?

Ce serait impensable, voyons ! Il faut qu'elles soient déclarées, encadrées sur le plan administratif mais pas « régies » par l'état.

Quel constat faites-vous aujourd'hui de l'astrologie ?

Etat de déliquescence dramatique ! C'est impensable car dans le contexte actuel de remise en question des valeurs, l'astrologie devrait occuper une place d'honneur. Le retour à la nature, l'écologie, la quête du sens, tout cela aurait dû permettre à notre discipline de s'insérer facilement dans le champ social de la modernité. Il suffisait de la présenter sous cet angle en passant au second plan l'aspect prévisionnel. Je ne comprends pas qu'André Barbault n'ait pas pris conscience de cette opportunité.

Quel est selon vous son avenir ?

Beaucoup reste à faire. Le boulot est colossal. La FDAF en a fait une grande partie. En tous cas cette préoccupation sociétale restera pour moi la priorité.

 

 

 

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